Les textes relatifs à la Bénédictions des Calissons
Vous trouverez ci-dessous des textes ayant rapport à la Bénédiction où aux Calissons.
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Allocution de Monsieur Maurice Bernard, Président des Amis du Vieil Aix le samedi 3 septembre 2005 à 17h devant la Fontaine d'Espéluque dédiée à Marcel PROVENCE à Aix.
Allocution traduite en Provençal par Jacques Mouttet, Capoulié du Félibrige, accompagné par les Jeunes Tambourinaires de la FFM, des Farandoulaire Sestian, en présence des autorités de la Ville et d'une nombreuse assistance.
MARCEL PROVENCE
C'est l'instant de l'hommage à Marcel Provence, près du médaillon à son effigie, à mi-distance de deux musées auxquels son nom est lié : celui des Tapisseries, dont il a été le très officiel conservateur, celui du Vieil Aix qu'il anima jusqu'à son dernier jour.
En vérité, tous ceux - j'en suis - qui, sans être ses contemporains, ont connu Marcel Provence, ne peuvent assister sans lui, à une fête comme celle qui nous réunit, c'est à dire chaque fois qu'une célébration d'aujourd'hui fait écho à une ferveur ancienne.
Marcel Joannon était né dans une solide famille bourgeoise. Son père était, entre autres, président bénévole de la société archéologique. Le petit Marcel, né en 1892, grandit - c'est lui qui le proclame - dans le culte de la « faïence jolie » (celle de Moustiers). Et puis - ce n'est qu'un détail - Mistral était un ami de ses parents et nous concevons qu'ainsi entouré, il soit devenu homme de tradition, et de tradition provençale. Aussi prit-il « Provence » pour pseudonyme dès l'âge de dix-neuf ans. Apparemment prétentieuse, cette décision répondait, chez lui, au voeu de tenir la Provence pour sa « Dame », donc de lui donner sa foi et de s'y dévouer sans mesure. Ce qu'il fit avec fidélité et passion pendant toute sa vie, hélas écourtée.
Cette Provence était, pour lui, à la fois une géographie et une histoire. Il s'attacha à l'une et à l'autre. Il arpenta le haut pays : on le vit à Riez dont il apprécia les vestiges romains ; à Moustiers, la célèbre citée faïencière ; à Barcelonnette, partie intégrante de la province, mais dont le site et les habitants montagnards offraient des aspects différents.
De cette bougeotte n'allez pas déduire qu'il négligeât sa ville d'Aix, et tous les sujets qu'elle offrait à sa curiosité. Il s'intéressa aux santons et en publia une « Petite histoire familière. ». Il consacra un fascicule à la « Marche des Rois » et à l'Epiphanie, un autre au « Jeu de Mail » venu de l'Ancien Régime mais auquel les aixois étaient restés longtemps fidèles. On ne compte pas ses notices sur des sujets historiques.
Et sans doute s'attela-t-il très tôt à son « Cours Mirabeau », véritable livre qu'il ait produit, où tous les hôtels et autres maisons des deux rives sont racontés, par la documentation la mieux fondée, comme par l'anecdote ou la légende.
C'est dans cet ouvrage que, saluant chaque confiserie du Cours, il évoque au passage le calisson. Traitant de l'hôtel où régnait la lignée Bicheron à l'enseigne de la « Reine Jeanne », il reproduit le texte d'un manuscrit trouvé à Munich ( ! ). Ecrit par un capucin de Six-Fours, et relatif aux « festes de Provence ». Il y était conté qu'à la Seds le 1 er septembre était commémorée la fin de la peste de 1630, et qu'à cette occasion les prêtres distribuaient à tous des calissons bénis, après avoir chanté « venite ad calicem ». Cette désignation latine du calice aurait induit les braves gens à nommer « calisson » la friandise.Le même capucin de Six-Fours explique d'ailleurs, et dans le même texte ( !), que ces biscuits sont nommés calissons « parce qu'ils sont puisés dans un large vaisseau en forme de calice ». L'étymologie est douteuse, mais le jalon historique est précieux et l'anecdote bien jolie. Et Marcel Provence conclut : « Bénissons le capucin Bonnaventure de Six-Fours ».
Or, direz-vous, qu'il s'agisse de Riez et de ses antiques, de Moustiers et de ses faïences du 18 ème, de l'Ubaye et de ses vieux montagnards, ou même d'Aix, de son jeu de mail et de ses calissons distribués en souvenir de la peste, votre Marcel Provence est sans doute historien ; ce n'est jamais qu'un rabâcheur du passé.
Vous n'y êtes pas : j'avoue l'avoir déclaré homme de tradition, et avoir dit son intérêt pour les temps révolus ; j'ajoute même qu'à Riez, et à Moustiers, et à Barcelonnette, et à Aix, il a créé ou aidé à créer des musées, et vous allez vous récrier que les musées servent à montrer le passé, et que j 'abonde en votre sens.
Mais pour achever le tour du personnage, il faut dire encore quelques petites choses, par exemple que, avant de fonder un musée, Marcel Provence organisait des manifestations, les « Saisons d'art » qui, parfois au lieu même où serait installé l'établissement, présentaient, bien sûr, des objets du passé local, mais offraient une autre face. La saison d'art 1926, qui a précédé l'ouverture du Vieil Aix, montrait des éventails et paravents anciens, mais proposait aussi une exposition d'art décoratif provençal moderne, celle-ci consacrée aux artisans contemporains : fabricants de meubles, ferronniers, ensembliers, sculpteurs, graveurs, céramistes, vanniers, etc. Et le dernier volet de ce même programme était un concours régional de ferronnerie. Voilà brouillée l'image du passéiste.
Peut-on rappeler l'action de notre homme à Moustiers ? Quand il y vient en 1925, ayant au coeur le souvenir de la fameuse cité faïencière, il trouve un village éteint. Il se promet alors d'en « rallumer le lustre », et parvient à recréer une faïencerie dont l'exploitation fut, hélas, éphémère, mais qui aura été déterminante. Car Moustiers aura un jour, outre sa place dans l'histoire de l'art français, son musée de la faïence, son Académie, ses artisans actifs, sa réputation bien vivante, son tourisme prospère ; fruits de la foi et de l'obstination de Marcel Provence.
Féru des santons et de leur histoire, il a su aussi, pour révéler nos santonniers provençaux et vendre leurs produits, ouvrir avant Noël, en plein boulevard des Capucines à Paris, une baraque en bois : le « Bastidon des santons ».
Rappelons-nous encore qu'en 1922 - il avait trente ans - il a acquis à titre personnel l'atelier Cézanne quand la gloire du peintre n'était qu'en germe.
Etait-ce le fait d'un homme du passé, ou d'un visionnaire ? Ce lieu est aujourd'hui un pôle touristique majeur de notre ville.
Il respectait les lieux anciens, hôtels particuliers d'Aix ou autres bâtiments historiques. Mais les manifestations théâtrales qu'il y donnait s'adressaient bien au public de son temps. Ainsi a-t-il ranimé, par des spectacles de qualité, la cour de l'hôtel Boyer d'Eguilles, ainsi a-t-il fait naître, à Sisteron, le théâtre de la Citadelle, cadre, aujourd'hui encore, des « Nuits de la Citadelle » dont la cinquantième édition a eu lieu cet été même.
Il est temps de conclure : Marcel Provence ne pouvait pas être un passéiste. C'était un homme de présence, on dirait aujourd'hui de « convivialité ». La position sociale de sa famille et les relations qui s'ensuivirent l'y avaient prédisposé. Son désir de connaître, donc d'approcher les Provençaux auxquels il s'était consacré, son souci de raconter sa Provence et d'en maintenir les valeurs, le plaisir qu'il prenait à convaincre, le poussaient à être omniprésent sur ce terroir dont il avait pris le nom.
Et son physique l'aidait. De forte prestance malgré une jeunesse chétive, il en imposait. Mais son aspect, souligné d'une sympathique barbiche mistralienne, était avenant, chaleureux. Sa voix surtout, qu'on a qualifiée de « chantante et voilée », charmait. Elle faisait de lui un ami proche, un causeur délicieux, un conférencier d'exception, un homme de radio. Car ce fou de tradition et de patrimoine, usait de tous les moyens d'avant-garde pour intéresser les « bravi gens » à sa chère Provence.
Affirmons enfin que ce sont les manifestations propres à toucher les foules, qu'il préférait. Lorsqu'il disparut subitement en 1951 (il n'avait pas encore 59 ans), la télévision n'était pas vulgarisée. Gageons qu'il aurait su s'en servir.
Et osons dire que, si les Parques le lui avaient permis, il aurait été de ceux qui ont fait renaître la « Bénédiction des Calissons d'Aix».
(tous droits réservés, avec l'aimable autorisation de monsieur Maurice Bernard)
Pacte de la Calissonne 2009
Allocution en septembre 2009 de Frère Daniel Bourgeois, Prieur de Saint Jean de Malte dans le beffroi, en haut du clocher, entouré de nombreuses et courageuses personnalités présentes.

Depuis le Haut Moyen Âge, les cloches des villes et des villages ont toujours annoncé les grands événements, heureux ou malheureux : on peut dire que leurs sonnailles sont comme le battement du coeur de la communauté humaine.
Elles sont toujours situées en hauteur, quelque part entre la terre et le ciel : c’est pourquoi elles annoncent de façon privilégiée toutes les nouvelles qui concernent les grands moments de la vie, les naissances et les baptêmes, les mariages et les amours, les funérailles et le retour de l’homme auprès de Dieu. Comme le rappelle la célèbre chanson d’Edith Piaf :
« Vous trouverez sous ses ailes [les ailes de la cloche] l’éternité de l’amour … »
Les chrétiens ont vu dans le chant des cloches un symbole de l’appel de Dieu qui rassemble tous ses enfants : le clocher est dressé au milieu de la ville ou du village comme un axe vertical qui lui indique sa destinée transcendante vers le ciel, plus précisément, vers « l’éternité de l’amour »…
A l’époque des fusées et des satellites qui se prennent pour des étoiles, à l’époque d’internet qui diffuse les nouvelles à la vitesse de la lumière et non plus à celle du son (des cloches !), on pourrait imaginer qu’elles ne servent plus à rien.
Eh bien non ! Rassurez-vous ! Les cloches présentent des vertus irremplaçables : par exemple, essayez donc de signaler par une sonnerie de cloches “grandeur nature” l’arrivée de chaque email sur votre ordinateur : vous imaginez la cacophonie et la réaction de votre conjoint ou de vos voisins !
En fait, les cloches sont le seul instrument de musique capable de s’adresser au coeur de tous les hommes d’une cité et d’associer de façon harmonieuse la beauté et la profondeur de leur sonorité à la joie ou à la peine du message qu’elles proclament : comparez le charivari des klaxons de voitures qui accompagnent le cortège des mariés à la classe incomparable d’une sonnerie de cloches quand ces derniers sortent sur le parvis de l’église : c’est Mozart contre la guitare électrique !
Les cloches sont aussi les seuls instruments de musique qui, avec une seule note, sont capables de moduler tous les sentiments humains : du tocsin qui annonce le danger et la guerre, aux carillons qui célèbrent les amours et la vie, en passant par le glas et le rythme des heures et des offices religieux, les cloches disent toute la vie de l’homme, ses angoisses et ses bonheurs.
Venons-en à Aix : cela fait deux cents ans que le clocher de Saint-Jean ne compte plus qu’une seule cloche. Un peu frustrant quand il y a tant de choses à dire : des baptêmes à la pelle, des mariages à la volée, de nombreux offices et fêtes qui devraient être carillonnées, sans oublier évidemment la plus prestigieuse de toutes, la traditionnelle et bien-aimée bénédiction des calissons qui réunit, autour du voeu Martelly, les Aixois et leurs hôtes les plus distingués.
D’autant plus frustrant que cette unique cloche, seule survivante de la gourmandise canonnière de Bonaparte, a été mise en congé longue maladie, parce que le balancement de sa volée pourrait bien lui être fatal. Peuchère ! La voici réduite à glapir un glas poussif tant que son beffroi n’est pas remis en état ! Je la soupçonne de se désoler d’être si seule : « Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son ». Elle nous murmure qu’elle serait si heureuse d’avoir deux petites soeurs, et comme on la comprend !
Heureusement qu’il existe encore à Aix des hommes et des femmes de coeur, soucieux de faire entendre « un autre son de cloche » : ce sont d’abord les calissonniers, d’où le nom que pourrait recevoir la cloche-cadette, « la calissonne », celle dont la musique résonnerait à nos oreilles comme la douceur d’un calisson à notre palais. Mais les calissonniers verraient d’un très bon oeil que d’autres oreilles se laissent séduire par leur pacte et leur promesse, et qu’ils s’unissent à eux pour faire résonner ce chant de bonheur et de joie que les siècles passés n’ont pas pu préserver !
C’est bien pour cela que nous sommes ici ce soir, en si bonne compagnie ! Qu’on se le dise : notre pacte est un défi à l’histoire ! Si le canal de Provence était l’alliance du cheval-vapeur et de la tomate, notre projet pour sa part, c’est l’alliance du bronze et du melon confit. Et comme les monuments de bronze ont toujours été symboles d’éternité, gageons que la « Calissonne » sonnera bientôt chaque jour comme une promesse d’éternité pour tous ceux qui fabriquent et tous ceux qui dégustent … les calissons d’Aix-en-Provence !
L’ Envolée des Cloches de Saint-Jean-de-Malte!
Préface

1793 - La coalition contre la France réunit tous les Etats européens, sauf Venise… L’ennemi se presse aux frontières; celles du Sud-Est sont menacées. Une partie du Midi s’est insurgée contre la Convention, et voici Toulon s’offrant aux Anglo-Espagnols !
Prise dans la tourmente, Aix connait les affres de la Terreur. Les Révolutionnaires ignorant les exigences de la foi légifèrent sur le domaine religieux et disposent des biens ecclésiastiques. Seul subsiste le siège épiscopal: les cloches du service divin demeurent bien silencieuses.
La Patrie est en danger, ses besoins grandissants, pour la défendre, l’effort de guerre nécessite bois et cordages, plomb et bronze pour la marine et l’artillerie.
Les troupes de la Convention confiées au général Carteaux, qui a déjà soumis Marseille passée un temps aux mains des contre-révolutionnaires, se sont grossies de l’Armée d’Italie pour encercler Toulon qui résiste.
Le siège s’enlisant, le 16 septembre, un jeune capitaine nommé Buonaparte reçoit le commandement de l’artillerie. Il a compris l’importance de l’emploi des canons pour réduire la ville rebelle.
Il contrôle les batteries, leurs stocks de munitions; la force de feu est bien insuffisante. En convaincu, il envoie aux différents commandants de la région ordre sur ordre, réquisition sur réquisition: il lui faut des canons, des boulets, de la poudre. Il en appelle aux Sans-culottes.
Le général Dugommier, que la République vient de charger de reprendre Toulon, fait appliquer les vues de celui qu’il appelle familièrement « le capitaine Canon ».
Les métaux et les matières premières sont trouvés ici et là. Ainsi un recensement des cloches a été effectué par les autorités locales; comme en bien d’autres édifices religieux, du clocher de Saint-Jean de Malte, trois sont descendues, brisées avant d’être fondues.
Renforcées, les batteries destinées à harceler les forts et la rade de Toulon permettent d’occuper les unes après les autres les pièces maîtresses du dispositif ennemi. Les navires alliés menaçant d’être incendiés par les boulets rouges républicains préfèrent abandonner la place en prenant le large, le 18 décembre.
La prise de la cité portuaire varoise a révélé les qualités de Napoléon Bonaparte; à Toulon, l’Histoire le prend pour ne plus le quitter, là commence son immortalité, selon la formule du « Mémorial ». Il est élevé au rang de général de brigade, avant de recevoir le commandement de l’artillerie de l’Armée d’Italie.
Si la gloire d’un futur empereur débute avec l’appoint de bouches à feu forgées en Provence, gardons en mémoire que le bronze des pacifiques cloches aixoises servit de cette façon à la libération du territoire national.
Patrick Boulanger,
de l’Académie des Sciences, Lettres, Arts de Marseille

